Lawrence-Olivier Mahadoo, Architecte associé Bjarke Ingels Group : « En sortant du bureau, on est déjà dans la ville »

Paris, promesse tenue

Après avoir notamment travaillé à Los Angeles, Copenhague, Rotterdam, Shanghai et New York, Lawrence-Olivier Mahadoo, architecte associé chez BIG, explique pourquoi Paris reste, à ses yeux, l’une des villes les plus attractives pour travailler.

Paris fait-elle encore rêver ceux qui viennent y travailler ? Qualité de vie, culture, art de vivre, équilibre vie pro/perso… Parfois, il faut venir d’ailleurs pour apprécier les atouts de la capitale à sa juste valeur.

Lawrence-Olivier MAHADOO

Architecte associé, Bjarke Ingels Group

© Laurian Ghinitoiu

Vous avez travaillé sur trois continents. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur Paris ?

Ce qui me marque, c’est que la vie en France est davantage pensée pour la ville que pour le travail. À Paris, on sort du bureau et on est immédiatement dans la rue, au milieu des commerces, des cafés, des habitants. On ne traverse pas un immense parking avant de rentrer chez soi. Cette continuité change tout. La ville prolonge naturellement la journée de travail et c’est, selon moi, une vraie différence avec beaucoup d’autres métropoles.

Cette particularité influence-t-elle votre manière de concevoir les bureaux ?

Oui. Chez BIG, nous abordons toujours un projet à l’échelle de la ville. Nous cherchons à créer des liens avec l’extérieur, grâce à des terrasses, des balcons ou des espaces ouverts. Dans notre siège de Copenhague, chaque étage ouvre sur une terrasse que l’on rejoint en faisant le tour du bâtiment par l’extérieur. À Paris, cette démarche prend tout son sens, parce que le bâtiment s’inscrit dans un tissu urbain déjà très vivant. Le bureau n’a pas besoin de tout offrir : la ville apporte déjà une partie de cette qualité d’usage.

C’est une différence avec les grands campus américains que vous connaissez bien ?

Complètement. Aux États-Unis, les entreprises doivent souvent intégrer restaurants, salles de sport ou espaces de loisirs dans leurs immeubles, parce qu’il n’y a rien autour. Le bâtiment devient une petite ville. À Paris, ces services existent déjà à quelques minutes à pied. Les campus existent aussi, mais ils restent intégrés à la ville. Cette proximité rend les espaces de travail plus ouverts et, à mon sens, plus agréables à vivre.

Vous avez passé huit ans à New York. Pourquoi avoir choisi de revenir à Paris ?

Avec mon épouse, nous cherchions un meilleur équilibre de vie. Tout est plus simple ici : la crèche, l’école, les déplacements. Paris est aussi une ville très connectée à l’Europe. En quelques heures, on rejoint d’autres capitales. Cette proximité compte beaucoup, aussi bien pour la vie personnelle que pour notre activité professionnelle.

Les expatriés que vous côtoyez partagent-ils ce regard ?

Je le crois. Après la COVID, beaucoup de personnes ont commencé à remettre en question un modèle centré presque exclusivement sur le travail. J’ai vu des collègues choisir Paris parce qu’ils recherchaient une autre qualité de vie. Bien sûr, chacun vit une expérience différente selon son intégration ou sa maîtrise du français, mais beaucoup découvrent une ville plus agréable qu’ils ne l’imaginaient.

Au-delà de la ville, diriez-vous qu’il existe une manière française de travailler ?

Oui, et elle repose beaucoup sur les échanges. En France, les discussions dépassent rapidement le cadre professionnel. On parle de culture, de vacances, de famille. Dans une agence d’architecture, cela se traduit aussi par davantage de débats. Aux États-Unis, on est plus « ROI-stes », les réunions débouchent souvent sur une liste d’actions très précise. En France, on prend plus de temps pour confronter les idées. C’est parfois moins efficace à court terme, mais cette place laissée à la discussion nourrit aussi la créativité.

Si vous deviez résumer la « French Touch » en une idée, laquelle emporteriez-vous avec vous ?

La qualité de vie. Le fait de prendre le temps de déjeuner ensemble, de discuter, de profiter de la ville plutôt que de rester enfermé dans son bureau. Je vois déjà cette culture inspirer d’autres pays. Une fois qu’on a découvert cette manière de travailler, où le bureau fait partie de la ville plutôt que l’inverse, il est difficile de revenir en arrière.

« Une fois qu’on a découvert cette manière de travailler, où le bureau fait partie de la ville plutôt que l’inverse, il est difficile de revenir en arrière. »

Lawrence-Olivier Mahadoo

Parmi les facteurs suivants, lequel a le plus contribué à votre choix de venir travailler en Île-de-France ou à Paris ?

Réponses des expats

Opportunité professionnelle

33 %

Qualité de vie

16 %

Subvenir aux besoins de sa famille

10 %

Vie culturelle

8 %

Si l’opportunité professionnelle apparaît logiquement en tête des raisons ayant poussé les expats à venir s’installer à Paris, ce n’est pas la seule raison. La qualité de vie est citée en deuxième position, tandis que la vie culturelle arrive en quatrième.