À la tête de Paris–Île de France Capitale Économique, Chloë Voisin-Bormuth décrypte les forces de Paris et montre comment la « French Touch » peut devenir un véritable atout de compétitivité.
Chloë VOISIN-BORMUTH
Directrice générale, Paris–Île de France Capitale Économique
Quelle est la mission de Paris–Île de France Capitale Économique ?
Nous sommes le « lab’ » de l’attractivité du Grand Paris, créé en 1991 par la CCI Paris–Île de France. Notre travail consiste à analyser les tendances qui façonnent les métropoles attractives de demain, de repérer les points sensibles, et de proposer des solutions concrètes pour que la Région capitale gagne en poids sur la scène internationale.
Sur le papier, Paris a des fondamentaux économiques solides : est-ce l’image qu’elle renvoie ?
C’est un vrai paradoxe français. Les fondamentaux sont solides : profondeur économique, qualité des talents, infrastructures, environnement réglementaire. Pourtant, la « French Touch » reste parfois associée à une France débordante d’énergie, sympa, créative, mais pas toujours perçue comme hyper sérieuse. Les classements financiers l’illustrent bien : Paris est 4e mondiale dans l’OFEX, qui mesure les fondamentaux des écosystèmes financiers, mais seulement 19e dans le GFCI, qui intègre largement la perception des professionnels. L’écart entre réalité et réputation est frappant.
Qu’est-ce qui, très concrètement, construit cette solidité professionnelle que la perception ne reflète pas ?
C’est justement tout ce qui se voit moins : la profondeur du marché, la qualité de la formation et des infrastructures, la continuité du cadre institutionnel – la base de la pyramide de Maslow de l’attractivité économique. S’y ajoutent un vivier de talents parmi les plus denses d’Europe et une scène tech et IA qui place Paris sur la carte mondiale.
La culture, la gastronomie, l’art de vivre : est-ce que ça pèse vraiment dans les décisions d’implantation des entreprises ?
Une fois l’entreprise installée, ces aspects deviennent déterminants pour retenir les talents. Mais même au moment du choix d’implantation, cela peut jouer : Paris ne vend pas seulement une adresse, elle vend ce que cette adresse raconte. Culture, style, art de vivre : peu de métropoles disposent d’un capital d’image aussi puissant. À offre comparable, cette aura peut transformer l’essai, rejaillir directement sur l’image de l’entreprise et de ses produits. Cette « French Touch », parfois, peut rapporter des milliards.
« La “French Touch” reste parfois associée à une France débordante d’énergie, sympa, créative, mais pas toujours perçue comme hyper sérieuse. »
Chloë Voisin-Bormuth
Justement, cette image de carte postale, quel rôle joue-t-elle sur le Paris « professionnel » ?
Elle fonctionne, incontestablement. La tour Eiffel reste le symbole numéro un, l’image réflexe de Paris à l’international. L’enjeu n’est surtout pas de s’en détourner, mais de capitaliser sur cette force pour élargir l’imaginaire : montrer que Paris, ce n’est pas seulement la carte postale, c’est aussi le Grand Paris, ses nouveaux quartiers, ses centralités, ses lieux de création et d’innovation.
Ce basculement commence-t-il à se lire depuis l’étranger ?
Oui, de plus en plus. Et c’est assez amusant : ce sont parfois les étrangers, pourtant les plus friands de la carte postale parisienne, qui nous révèlent les vraies qualités du Grand Paris. Dans un article récent, le Wall Street Journal regarde ainsi la banlieue avec les codes positifs de la suburb américaine : maison, jardin, espace, verdure. Mais la « French Touch » n’est jamais loin : Paris reste au bout du jardin, et bientôt beaucoup plus accessible encore grâce au Grand Paris Express.
Chaque année, SFL mesure une série d’indicateurs permettant de comprendre comment évoluent les attentes des salariés vis-à-vis de leur lieu de travail.
Sur une échelle de 1 à 10, comment évaluez-vous votre bien-être au travail ?
Évolution de la note globale — note sur 10, par vague, de mars 2016 à juin 2026
La note de bien-être sur 10 atteint un niveau record, illustrant le caractère « refuge » de l’entreprise.