Giuseppe Amitrano, fondateur de Dils, vient d’installer sa plateforme européenne à Paris via le rachat d’EOL. Il décompose ce qui rend le marché parisien unique.
Giuseppe AMITRANO
Fondateur, Dils
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Pourquoi Paris était-elle une étape nécessaire dans votre développement européen ?
Il n’existe pas de plateforme européenne sans la France. Nous avons commencé en Italie, puis aux Pays-Bas, au Portugal et en Espagne, entre 2023 et 2025 : la France devait suivre. Nous avons racheté EOL, un spécialiste de la logistique, de l’industriel et du commerce fort de 25 ans d’existence, de 70 professionnels et de 10 implantations à travers le pays. Cela surprend ceux qui s’attendent à voir un groupe de conseil arriver à Paris par le marché des bureaux.
Mais nous n’entrons pas dans un pays en plantant un drapeau et en recrutant ensuite. Nous entrons par une équipe en laquelle nous croyons, puis nous construisons autour d’elle. C’est ainsi que nous avons procédé à Amsterdam, à Lisbonne, à Barcelone et à Madrid. Notre ambition est d’atteindre environ 250 professionnels en France d’ici cinq ans, sur les bureaux, l’hôtellerie et le résidentiel. Paris n’est donc pas une étape pour nous, c’est une base.
Quelle image le marché parisien renvoie-t-il, vu de l’Italie, du Portugal ou de l’Espagne ?
Paris est le marché qui rassure. Quand les capitaux internationaux reviennent en Europe, c’est vers Paris qu’ils se tournent en premier. Nos recherches le confirment : l’investissement immobilier français a progressé d’environ 19 % l’an dernier, à près de 21 milliards d’euros, dont 7 milliards pour les bureaux. Aucun autre marché du continent n’offre une telle profondeur. Vu de Milan ou de Madrid, cela crée de la confiance, un tel marché se comportant de manière lisible, mais aussi de la concurrence, les bons actifs étant déjà disputés. Paris récompense aussi la qualité : l’écart entre un bon et un mauvais immeuble y est plus net.
Existe-t-il une véritable « touche française » dans la vie de bureau parisienne ?
Oui, et je la définirais en mètres carrés. À Paris, une grande part du budget d’un immeuble va vers les espaces d’accueil, de rencontre, le hall, le restaurant, la terrasse, plutôt que vers ceux qui produisent du travail. En Europe du Nord, le même budget va être utilisé pour la performance technique. Entrez dans les bureaux parisiens et rotterdamois d’une même entreprise : vous verrez deux bureaux différents.
« À Paris, une grande part du budget va vers les espaces d’accueil, le hall, le restaurant, la terrasse, plutôt que vers ceux qui produisent du travail. »
Giuseppe Amitrano
Les immeubles haussmanniens et les adresses patrimoniales comptent-ils encore autant ?
C’est même l’une des raisons qui ont rendu Paris attractif pour nous : nous menons le même travail de restauration sur des bâtiments historiques à Milan. Mais la prime patrimoniale n’est plus automatique. Elle suppose une mise aux normes exigeante : performance énergétique, flexibilité des espaces, accessibilité. Un immeuble ancien bien restructuré reste l’actif le plus solide du marché ; laissé tel quel, il se loue moins bien qu’un immeuble moderne, pourtant moins prestigieux. L’adresse ouvre la conversation, la qualité du bâtiment la conclut.
Selon vous, qu’est-ce qui surprend le plus les expatriés lorsqu’ils découvrent les bureaux parisiens et la vie professionnelle en région parisienne ?
Je répondrai en tant qu’Européen qui travaille dans cinq pays, plutôt qu’en tant qu’expatrié. Ce qui frappe le plus, c’est à quel point tout est codifié : en Italie ou en Espagne, beaucoup de choses se négocient au cas par cas. En France, tout ou presque est encadré par un cadre, y compris le télétravail, qui se négocie plutôt collectivement, sous forme d’accord, plutôt qu’individuellement avec un manager. Quand on vient d’une culture plus improvisée, cela peut sembler rigide au premier abord. Puis on réalise que c’est aussi plus équitable, et que chacun sait à quoi s’en tenir. La deuxième surprise est le poids du siège social : en France, on attend qu’il dise quelque chose de l’entreprise ; ailleurs, qu’il fonctionne bien.
Paris permet de travailler, déjeuner, sortir et profiter de la culture dans un périmètre restreint. Est-ce une vision idéalisée, ou un véritable atout face aux autres métropoles européennes ?
C’est réel et mesurable, dans les temps de trajet comme dans ce que les gens font à midi. Ce n’est pas unique : le centre de Milan fonctionne de façon comparable, tout comme Amsterdam à plus petite échelle. Ce qui distingue Paris, c’est la continuité : ailleurs en Europe, ce tissu dense s’arrête à quelques rues du centre, alors qu’à Paris, il se maintient sur une zone bien plus vaste. J’ajouterais une observation honnête, en tant que nouvel investisseur ici : ce tableau ne vaut que pour Paris intra-muros et sa proche couronne. Une grande partie du parc immobilier de la région se trouve plus loin, en banlieue parisienne, où cette vie de quartier dense reste un objectif plutôt qu’une réalité pour les entreprises qui s’y installent. C’est la principale faiblesse de la région, mais c’est aussi ce que la nouvelle infrastructure de transport peut le mieux corriger.