Pour Alexandra Dublanche, présidente de Choose Paris Region, la force de l’Île-de-France ne réside pas seulement dans son économie, mais dans une culture du travail qui favorise les échanges, l’innovation et la diversité des talents.
Alexandra DUBLANCHE
Présidente, Choose Paris Region
© IP3 Press
Quels sont aujourd’hui les principaux atouts de l’Île-de-France pour convaincre une entreprise internationale de s’y implanter ?
L’Île-de-France cumule des atouts très concrets. C’est d’abord un marché exceptionnel par sa taille et sa densité, avec plus de 12 millions d’habitants et l’un des tissus économiques les plus riches d’Europe. Les entreprises y trouvent des clients, des partenaires et des talents.
Mais c’est aussi un écosystème d’innovation de premier plan, avec des centres de recherche, des infrastructures de pointe et une forte concentration de sièges internationaux. Les investisseurs recherchent aujourd’hui cette combinaison entre performance économique et qualité de vie. Paris et sa région offrent cet équilibre.
Quels types d’entreprises étrangères choisissent aujourd’hui Paris et l’Île-de-France ?
Nous observons une montée en gamme des profils. De grands groupes internationaux installent leurs sièges régionaux, tandis que les scale-ups et les entreprises technologiques, notamment dans l’intelligence artificielle, la santé ou la transition énergétique, sont de plus en plus nombreuses. En 2025, les centres de décision confirment leur rôle de principal levier de création d’emplois. Les emplois générés bondissent de 89 %, atteignant 3 390 postes, contre 1 795 en 2024. Dans le même temps, les investissements poursuivent leur progression, avec 181 projets enregistrés, soit une hausse de 21 % sur un an.
Paris s’impose également comme l’un des principaux hubs européens de l’IA, avec près de 20 000 emplois liés à ce secteur*. Cette dynamique montre que l’Île-de-France n’est plus seulement perçue comme un marché, mais comme un territoire d’innovation et de création de valeur. Nos investissements proviennent désormais de 44 pays différents, contre 38 un an plus tôt. En 2025, 12 nouveaux pays rejoignent la liste des investisseurs par rapport à 2024. La Norvège se distingue avec quatre investissements directs internationaux, tandis que le Luxembourg, le Portugal et la Côte d’Ivoire en comptent deux chacun. Huit autres pays effectuent leur entrée avec un investissement : l’Australie, l’Algérie, le Qatar, le Sénégal, le Koweït, la Lituanie, l’Angola et la Hongrie. Cette évolution témoigne d’une diversification accrue des origines géographiques des investissements.
* Selon une étude LinkedIn publiée à l’occasion de VivaTech 2026.
Existe-t-il une « French Touch » du travail qui constitue un avantage compétitif ?
Oui. Elle ne repose pas sur des clichés, mais sur une culture professionnelle qui valorise l’esprit critique, le débat d’idées et la recherche de sens. Les échanges peuvent sembler plus directs qu’ailleurs, mais ils permettent de faire émerger les meilleures solutions. Les talents internationaux sont souvent surpris avant d’y voir un véritable moteur d’innovation. Cette culture trouve en Île-de-France un terrain d’expression unique grâce à la concentration de chercheurs, d’universités, de grandes écoles, de sièges sociaux et de startups. L’Île-de-France génère 30 % du PIB français, représente 38 % des dépenses nationales de R&D et rassemble 39 % des emplois français de recherche ainsi que 29 % des scientifiques et ingénieurs du pays. La French Touch, ce n’est pas seulement une manière de travailler : c’est une façon d’apprendre les uns des autres.
La France fait-elle toujours rêver les talents étrangers ?
Oui, et c’est une formidable chance. Peu de territoires bénéficient d’un rayonnement touristique, culturel, économique et scientifique aussi puissant. Beaucoup découvrent d’abord Paris à l’occasion d’un voyage ou d’un déplacement professionnel avant de choisir d’y étudier, d’y entreprendre ou d’y construire leur carrière. Cette attractivité repose aussi sur des fondamentaux solides : intelligence artificielle, santé, finance, industries créatives ou encore transition énergétique font de l’Île-de-France l’une des grandes régions mondiales de l’innovation.
Notre responsabilité est de transformer ce capital de sympathie en attractivité durable. C’est tout le sens de l’action que nous menons avec Choose Paris Region : accompagner les entreprises, accueillir les touristes et talents internationaux et faire en sorte que ceux qui viennent découvrir notre région aient aussi envie d’y construire leur avenir.
L’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle est-il perçu comme une force du modèle français ?
Beaucoup d’expatriés arrivent avec certains clichés et pensent que cet équilibre traduit une moindre implication dans le travail. Ils découvrent rapidement une autre réalité.
L’Île-de-France permet de conjuguer des opportunités professionnelles de niveau mondial avec une qualité de vie exceptionnelle. Aujourd’hui, attirer des talents suppose aussi d’accompagner leur installation : logement, scolarisation des enfants, intégration du conjoint ou démarches administratives sont devenus des critères décisifs.
Quelle est la qualité professionnelle des Français que nous sous-estimons le plus nous-mêmes ?
Les talents internationaux évoquent très souvent la richesse des interactions professionnelles. Ils sont rapidement intégrés dans des équipes où les échanges sont directs, exigeants et stimulants. Ils soulignent également la diversité des profils rencontrés au quotidien, ingénieurs, chercheurs, entrepreneurs ou experts internationaux, qui accélère l’apprentissage et favorise la montée en compétences. C’est cette expérience très concrète du travail en Île-de-France qui constitue, selon moi, l’une des forces les plus sous-estimées du territoire.
À l’heure du télétravail, qu’est-ce qui fait la singularité des bureaux franciliens ?
Le bureau est devenu un lieu où l’on vient collaborer, innover, apprendre et rencontrer ses équipes. Cela transforme profondément les quartiers d’affaires. La Défense illustre cette évolution. Premier quartier d’affaires européen, il associe désormais bureaux, commerces, culture, loisirs et espaces publics. Son accessibilité est également un atout majeur, renforcé demain par le Grand Paris Express. C’est cette approche qui fait, selon moi, la singularité de l’Île-de-France : nous ne pensons plus uniquement l’immobilier de bureaux, nous construisons des quartiers où l’on peut travailler, se former, se divertir et vivre. C’est cette qualité de l’expérience globale qui devient aujourd’hui un véritable facteur d’attractivité pour les talents internationaux.
Comment l’Île-de-France peut-elle renforcer encore son attractivité ?
La compétition entre les grandes métropoles est mondiale. Nous devons continuer à investir dans les infrastructures, accompagner les transitions technologiques et développer des territoires capables de répondre aux attentes des entreprises comme des talents. Paris-Saclay 2035 incarne cette ambition : nouveaux laboratoires, développement de filières stratégiques comme l’intelligence artificielle et le quantique, arrivée de la ligne 18 du Grand Paris Express, mais aussi logements, commerces et équipements culturels. Aujourd’hui, la compétitivité d’une métropole repose autant sur son écosystème que sur sa qualité de vie. C’est cette combinaison qui fait la singularité de l’Île-de-France.