Paris tient-elle mieux ses promesses vues de l’extérieur ? Frédéric Dabi et Pierre-Yves Bonnaud partagent leur lecture de l’étude.
Pierre-Yves BONNAUD
Directeur Asset Management et Gestion Clients, Colonial SFL
Frédéric DABI
Directeur général Opinion, Ifop
À la lecture de cette étude, qu’est-ce qui fait encore la force de Paris ?
Frédéric Dabi : Dans un climat où le déclin est devenu une grille de lecture très présente, les Français cherchent des motifs de réassurance. L’attractivité de Paris en fait partie. Elle repose sur son dynamisme économique et entrepreneurial, mais aussi sur des atouts plus larges liés à la France. L’étude le montre : le modèle de protection sociale est considéré comme un atout par 91 % des expatriés interrogés. Leur regard est également moins sévère que celui des Français sur certains irritants.
Pierre-Yves Bonnaud : Paris est une ville-monde. En Europe, il y en a finalement très peu, essentiellement Paris et Londres. Sa puissance d’image est considérable et a encore été renforcée par les Jeux olympiques et la réouverture de Notre-Dame. Mais sa force est aussi économique. Son cœur d’affaires est très concentré et la ville accueille une grande diversité de secteurs, de sièges sociaux et d’activités. Elle dépend moins d’une industrie dominante que certaines autres grandes métropoles, ce qui la rend plus résiliente aux cycles économiques.
Pourquoi regarder Paris à travers les yeux des expatriés ?
F. D. : Leur intérêt est de nous offrir des points de comparaison. Ils vivent et travaillent en France tout en conservant une culture extérieure. Nous leur avons posé des questions que nous adressons depuis longtemps aux salariés français sur leur rapport au bureau, aux collègues, au quartier ou au travail.
PY. B. : Les Français ont tendance à s’autoflageller alors que les investisseurs, les touristes, les salariés et les groupes internationaux continuent de miser sur Paris et sur la France. Il était donc intéressant de regarder Paris depuis l’extérieur.
Que révèle leur regard sur notre culture du travail ?
F. D. : Une frontière moins étanche entre vie professionnelle et vie personnelle. Les expatriés sont plus nombreux que les Français à considérer que l’on sait ici profiter de la vie. Ils perçoivent aussi davantage l’entreprise comme une communauté : les collègues peuvent devenir des amis et le bureau peut se transformer en lieu de vie. Le déjeuner, le café ou le verre après le travail participent de cette continuité.
PY. B. : Paris offre une forme de compromis entre accomplissement professionnel et développement personnel. Le travail est une ouverture aux autres, à la culture, au débat, à la ville. Là où certaines métropoles sont très directement structurées par le business, l’expérience parisienne peut nourrir une trajectoire personnelle plus large.
Au-delà de l’expérience professionnelle, qu’est-ce qui séduit les expatriés ?
F. D. : La carte postale fonctionne. La beauté de Paris, son architecture et surtout sa richesse culturelle ressortent très fortement. Sortir, boire un verre, déjeuner dehors font pleinement partie de l’expérience. Surtout, il n’y a pas de désenchantement majeur une fois installé.
PY. B. : Un expatrié vient avec une famille, des attentes, un mode de vie. Les transports, les services, la protection sociale ou l’accès à une crèche peuvent compter. Paris dispose d’infrastructures sociales, de transports et d’immobilier tertiaire de très haut niveau. Beaucoup d’expatriés ont vécu dans plusieurs métropoles et jugent positivement des dimensions que nous critiquons nous-mêmes.
« Paris offre une forme de compromis entre accomplissement professionnel et développement personnel. »
Pierre-Yves Bonnaud
Quelle place le bureau conserve-t-il dans cette expérience ?
F. D. : Pour les expatriés, la vie professionnelle ne s’arrête pas à la porte du bureau. Ils sont majoritairement d’accord avec l’idée que c’est un lieu où l’on aime passer du temps. Et son impact est mesurable : ceux qui le considèrent comme un lieu de vie évaluent leur bien-être au travail à 7,7 sur 10, contre 6,5 pour ceux qui n’y voient qu’un lieu de travail.
PY. B. : Le bureau est devenu un lieu « totem » : un espace qui raconte l’entreprise, ses valeurs et sa mission, mais surtout un lieu qui rassemble et favorise l’intelligence collective. À Paris, l’adresse elle-même possède une valeur. Pouvoir dire que l’on travaille sur les Champs-Élysées peut avoir une dimension statutaire comparable à une adresse sur la Cinquième Avenue à New York. Il existe une véritable signature Paris.
Quel résultat vous a le plus surpris ?
PY. B. : Paris ne déçoit pas. Certains traits peuvent interroger avant l’arrivée : le management, le goût du débat, le côté râleur des Français notamment, mais, une fois l’expérience vécue, la balance est très positive. Pour un investisseur comme pour une entreprise, cette lisibilité est un atout. Paris s’inscrit dans le temps long : son patrimoine est identifiable, protégé et rare.
F. D. : D’abord, une majorité d’expatriés ne considère pas que les Français travaillent moins que dans les autres pays : le cliché du Français « fainéant » n’est donc pas dominant. Ensuite, ils déjouent la plupart des clichés sur les Français… mais se montrent beaucoup plus critiques envers le management « à la française ».